GIBBONS
Orlando
1583-1625
CHOC de la MUSIQUE
Royal Fantasies: Intégrale de
la musique pour violes, vol. I
Concordia, Mark Levy (direction)
Il ne paraît pas exagéré de dire que s’ouvre une
nouvelle page de la discographie Gibbons. Le projet de Concordia s’inscrit
dans la perspective d’une inégrale à venir de la musique pour viole:
projet très attendu, et amplement commenté avant même d’être achevé,
le repertoire anglais du consort pour violes trouvant avec
Gibbons son expression la plus parfaite. Mark Levy rappelle l’enthousiasme
affiché de Glenn Gould pour ce compositeur, dont la poétique
particulière, le sens de l’énigme, l’expression réveuse allié à
la plus parfaite logique de construction trouvent ici des défenseurs
avertis.
Mais l’intérêt vient surtout de l’originalité de
l’interprétation: lignes nerveuses, rythmes qui fusent, tempos rapides,
voici Gibbons associé à une dimension baroque qu’on ne lui connaissait
guère. Au premier abord, on craint que ce traitement ne denature le
climat contemplative et sensual dans lequel jadis Jordi Savall (dans ces
mêmes Fantaisies royales - Astrée) puis, plus récemment,
Fretwork (Virgin) s’étaient hisses au sommet, mais le langage de
Gibbons «résiste» à une modification en profondeur des paramètres. Le
célèbre In nomine à 5 no2, ou encore la Fantaisie
à 4 avec contrebasse de vlole no1 sont les témoins
les plus spectaculaires de cette transformation. Les fantaisies royales,
légérement plus extraverties, déploient leur contrepoint à trois avec
un sens théâtral et presque une ironie qui rend évidente la
connaissance qu’avait Gibbons du répertoire italien. On attend avec
impatience la suite de cette entreprise.
Marc Desmet
©Le Monde de la Musique 2000