Diapason d’Or
Novembre 2001
ORLANDO GIBBONS
1583-1625
«Go from my Window»
Vol. 2 : Intégrale de la musique
pour violes.
Pièces à deux et six violes. 3
Consort Songs*.
Rachel Elliott* (soprano)
Concordia, Mark Levy (direction
et dessus de viole).
Metronome MET CD 1039
L’an dernier, le premier volet de cette intégrale
réunissait les fantaisies à 3, 4 et 5 violes, et signalait l’originalité du
style de Concordia, aussi eloigné de ses compatriotes (Fretwork, Phantasm,
Rose Consort of Viols) que d’Hesperion XX ou des nouveaux venus Italiens
(dont le très prometteur Amoroso de Guido Balestracci). Le second (et
ultime) volume consacre la singularité de l’ensemble de Mark Levy et nous
offre dans les fantaisies à deux et six parties (plus quelques Consort
Songs) l’un des meilleurs enregistrements de ce répertoire.
La nervure contrpuntique est mise à nu par des traits
d’une finesse inouïe, d’une clarté presque aveuglante. Enracinés dans les
basses et un mouvement profonds, nimbés par le halo d’un orgue de chambre,
les archets peuvent inciser les lignes jusqu’au sang dans les chaînes de
dissonances de la Fantaisie no 3 à 6, tendues jusqu’à l’insoutenable, sans
émacier la polyphonie. Cette assise de la résonance (à laquelle fait écho la
sonorité individuelle des violes) permer également aux lignes de s’alléger
sans disparaître dans la spirale volatile achevant la Fantaisie no 6 à 6
(miraculeuse de part en part).
L’articulation est si éloquente que l’on devine des mots
sur les phrase instrumentales comme on «voit» les lèvres d’un chanteur
enrégistré. La cohésion avec Rachel Elliott est par conséquent absolue dans
les Consort Songs, les violes parlent autant que la voix dans le
bouleversant What is Our Life? Parfaitement contrôlées dans le jeu
d’ensemble, les «variations d’intensité» du geste musical ménagent des
progressions saisissantes (amplification finale de la Fantaisie no 4 à 6,
dernière variation de Go From My Window), des volte-faces insaisissables
(Pavan) ou, à l’inverse, une rectitude hypnotique (Fantaisie no 2 à 6, The
Silver Swan). Cette intensité malléable évoque Savall mais, quand les traits
plus larges du Catalan caressent un velours digne du Greco, les archets de
Concordia sculptent une dentelle contrapuntique fascinante, austère et
élégante à la manière d’une fraise dans un portrait élisabéthain.
GAETAN NAULLEAU
© Diapason 2001